Le but, c’est le chemin

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La Presse

  • JAZZ NEWS (n°49) / Février 2016

“ TROIS AU BUT “   A près de 73 ans, le batteur français signe un album singulier et épuré.

Batteur poète et historien de son instrument, dialoguiste subtil (avec Jean-François Jenny-Clark ou le pianiste Georges Pludermacher), homme de radio (aux côtés d’Alain Gerber il y a déjà quelques temps), Georges Paczynski refuserait-il la reconnaissance que son talent mérite depuis si longtemps? A considérer le visuel de couverture spectaculairement artisanal de ce magnifique album, la question se pose. Jugeons plutôt sur pièce la musique proposée par son trio (Marc Buronfosse à la contrebasse et Stéphane Tsapis au piano), tout de zen épris comme semble l’indiquer le titre de l’oeuvre. Epure, finesse, sensibilité sont effectivement au rendez-vous de cette quête sans cesse mouvante à la recherche du silence et de sa sculpture gracieuse. La ballade offre de surcroît autant de points de départ que d’arrivée avec sa plantureuse sélection de titres énigmatiques. Le transport, au cours duquel personne ne se perd et chacun se transforme, n’en est que plus singulier. Qui aurait pu rêver meilleur chemin?

                                                                                                                              Bruno Guermonprez

 

  • Article paru dans le magazine japonaisTOWER RECORDS

Après un long silence qui a suivi la parution de son premier album 8 Years old qui a connu un beau succès en Europe auprès des amateurs de jazz, Georges Paczynski a publié en 2007 Générations (Arts & Spectacles), qui s’est vu décerner le Disque d’or Audio Jazz par le magazine Jazz Critics, révélant ainsi au public japonais un grand artiste qui restait mythique.

Le but, c’est le chemin est la quatrième album publié aux éditions Arts & Spectacles. Toujours en trio avec piano, et quels que soient ses collaborateurs, l’artiste ne cesse de déployer sa musique philosophico-esthétique. En effet, son dernier disque décrit le “ rêve d’une nuit d’hiver “, un récit mystérieux et métaphysique, précise-t-il dans le livret, illustré par les Ennéades de Plotin et d’autres épisodes énigmatiques. La beauté de l’écriture, avec l’éclat des modes et des rythmes en alternance, caractérise en propre ce musicien philosophe. La composition de l’oeuvre, avec des morceaux swing encadrés d’autres plus abstraits, représente un esthétisme singulier tel que l’impressionnisme. L’interprétation est adaptée merveilleusement à la vision de chaque pièce. Ainsi le dernier disque de Georges Paczynski réaffirme son énorme talent de compositeur aussi bien que de batteur.

Enfin, l’ingénieur du son Vincent Bruley, qui avait collaboré pour ses disques précédents, vient mettre la dernière main aux tableaux, d’une beauté inouïe. Le disque a déjà été salué par les éloges de nombreux critiques du jazz; certains soulignent la sonorité singulière des cymbales qu’ils avaient déjà remarquée.

Le but, c’est le chemin de Georges Paczynski est sans conteste l’un des disques événement de ce printemps 2015. Ne manquez pas de l’écouter!

                                                                    Traduction de Kazuya Maejima                                                         

Presse

  • SUN SHIP

Sun Ship > chroniques musicales  (14 Juin 2015)

 

Le but, c’est le chemin, la sentence se débat entre Goethe et Lao-Tseu. Peu importe qui en est l’auteur réel (Goethe tient la corde…), ce n’est pas de littérature dont il s’agit, mais d’un trio mené par un batteur dont le nom chantera aux oreilles de ceux qui s’intéressent à ce que fut le bouillonnement du jazz dans l’Hexagone dans les années 60. Après Gérard Marais, évoqué il y a quelques temps dans un quartet rassemblant des musiciens attentifs, voici Georges Paczynski qui nous arrive avec un beau CD en compagnie de deux musiciens que nous aimons particulièrement en ces pages; le contrebassiste Marc Buronfosse, à qui l’on doit entre autre le magnifique Face The Music, et le pianiste Stéphane Tsapis dont on avait pu dire le plus grand bien dans Charlie et Edna.

Un Trio, on a envie d’écrire évidemment, tant le batteur de cet orchestre nous a habitué à la formule, et tant il la maîtrise sous de nombreuses formes. Relativement discret en Europe, sa discographie est également distribuée au Japon, comme celle de Stéphane Tsapis, ce qui nous amène à cet album, que l’on peut directement se procurer ici.

Dans les années 80, Georges Paczynski faisait partie d’un fameux triangle en compagnie du regretté Jean-François Jenny-Clark et de Jean-Christophe Levinson, et il n’a eu de cesse depuis de faire vivre la formule avec de nombreux partenaires, parmi lesquels Ferlet, Watson, Schwab, Del Fra … De toutes les générations et de toutes les périodes, mais toujours avec le souci d’une véritable circulation entre les musiciens et d’un sens très particulier de la narration. On conseillera dans la période récente, l’excellent Présences en compagnie d’Armel Dupas et Joachim Govin. Egalement titulaire d’un Doctorat de lettres, auteur d’ouvrages de références sur la batterie, Paczynski apporte beaucoup de soin à donner du sens et la couleur idoine à sa musique. Avec Buronfosse et Tsapis, il trouve les partenaires idéaux, dont l’esthétique sait à la fois épouser une forme de jazz relativement classique et des bourrasques improvisées qui fouettent l’imagination, en témoigne l’excellent  » Guetteur de foudre  » où les pizzicati rugueux et autoritaires de Buronfosse, et martèlement de Tsapis accompagnent à merveille le jeu tempêtueux du batteur. Cela se poursuit dans l’inquiétant  » La Cible incandescente « , où un piano aux cordes étouffées vient interférer dans une discussion ténébreuse entre les deux tenants de la base rythmique.

L’enregistrement de cet album est troublant par la disposition des musiciens, comme on peut le constater dès le très doux « L’allumeur de Réverbères ». La batterie de Paczynski, souvent discrète ou du moins laissant beaucoup de place à ses comparses (« Le Maître de Tir à l’Arc ») et jouant avant toute chose un rôle très coloriste est néanmoins très en avant. Les cymbales notamment jouent un rôle virgule de métal dans un récit très construit, comme en témoigne notamment   » La Procession silencieuse  » où Tsapis se montre une fois de plus comme un mélodiste tout en simplicité qui sait conter des histoires. Car le but est le chemin est un rêve que le batteur détaille avec précision dans les notes de pochette. Il ne s’agit pas ici de le raconter, tant il est fort de symboles et d’étapes précises qui évoluent et font varier le climat de la musique, mais il est important pour s’y plonger totalement d’en faire une lecture préalable. Disons simplement que de  » L’entrée du labyrinthe  » où la pression rythmique monte dans un espace entre musiciens qui se réduit jusqu’au morceau  » Le joueur d’échec  » tout en tension, l’auditeur passe dans de nombreux états qui évoquent tout autant l’onirisme bergmannien qu’une forme de rêve éveillé surréaliste, pour quiconque se laissera porter.

Un chemin à découvrir sans attendre. C’est le but…

                                                                                                                             Franpi Barriaux